Trail de l’Archange – Granville-Mont Saint Michel (50)

Publié: 11 juin 2017 dans 2017, Trails
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Le Marathon du Mont Saint Michel est un incontournable. Beaucoup de monde, une vue imprenable sur l’îlot rocheux classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, une renommée internationale… Mais du bitume, en veux-tu, en voilà. Heureusement, l’essor du trail running a fait des émules ! Le Trail de l’Archange est venu s’ajouter à la liste des courses organisées dans la Baie du Mont Saint Michel durant le weekend de l’ascension. Au menu : un départ de Granville, le sentier des douaniers, des parties techniques, du sable, de la vase, des traversées d’eau et surtout une arrivée de prestige dans l’abbaye du Mont Saint Michel pour un total de 58 km. Et ça… J’achète ! (Je ne dis pas ça parce que le prix de l’inscription est exorbitant, non. Nooooon…. Du tout, du tout…)

C’est l’occasion rêvée pour tirer un trait sur le revers enduré lors trail du Glazig, gonfler le capital confiance avant la grosse préparation qui pointe le bout de son nez et, pourquoi pas, faire une jolie performance à domicile. Je connais le parcours comme ma poche, je suis ici chez moi désormais ! Allez, soyons fous, objectif : le top 10. Alors forcément, quand on a envie de bien faire, on prépare les choses à l’avance. Parcours sous les yeux, stylo en main, je me prends à rêver de la course parfaite. Mais genre vraiment parfaite, TROP parfaite. Comme si j’allais réussir à être raisonnable, à relancer à 12 km/h au bout de 50 km et que la chaleur annoncée n’allait pas faire perler la moindre goutte de sueur sur mon front.  Si l’espoir fait vivre, je vais mourir vieux ! Vieux, certes, mais avec le sourire ! Quitte à aller droit dans le mur vouloir faire un exploit, autant le faire dans la bonne humeur. Je pars avec la banane sur le visage, ma plus belle casquette et mon marcel. Ouais, je dis marcel et non pas « maillot sans manche », ça fait plus « beauf », j’aime bien. Alors autant le dire tout de suite, le combo marcel + casquette n’est pas recommandé pour la montée des marches à Cannes. C’est même proscrit. On peut d’ailleurs appeler ça une « faute de goût », mais le confort prime avant le reste ! De quoi faire faire une syncope à Cristina Cordula… Si tu lis ces lignes, pardonne-moi.

Le départ sur les hauteurs de Granville se fait en douceur, parfait pour un petit réveil musculaire matinale et pour se placer dans les 20 premiers. Je ne fais pas le fanfaron tout de suite car je sais qu’à partir du 10ème kilomètre le sentier côtier de la Cabane Vauban va faire mal aux cuisses et servira d’indicateur sur la forme du jour. En attendant je discute avec les autres coureurs. On est beaux, on est frais, il ne fait pas encore chaud : profitons en ! D’autant plus qu’il y a énormément de public. Je pensais qu’il y avait du monde parce que le départ a eu lieu en ville. Mais en fait pas du tout. Il y a du monde partout pour nous applaudir et nous encourager ! C’est assez rare sur les trails, on y est pas habitués… C’est ultra galvanisant ! D’autant plus qu’il y a nos noms sur nos dossards donc il n’y a pas long pour que tu te prennes pour la rock star du coin lorsque tu entends « Allez Mathieu ! ». Alors un grand MERCI à toutes les personnes qui étaient présentes pour nous avoir donné la pêche, la force d’avancer et de m’avoir fait croire que vous étiez fans de moi au même titre que les 449 autres participants. -coeur avec les mains-

DCIM100GOPROLe soleil est toujours caché derrière une épaisse couche nuageuse lorsque je m’engage dans la monotrace du sentier des douaniers. J’aurais aimé que toute la course soit comme les 7 prochains kilomètres tant j’apprécie y courir : des escaliers, des murs de rochers, des descentes techniques et une pointe de poussière pour relever le tout. J’ai les jambes qui en réclament de nouveau, mais je suis face à un dilemme. C’est un peu comme comme si, lors d’un repas de famille, ta tante a fait ton entrée préférée. C’est tellement bon que tu ne peux pas t’empêcher d’en reprendre deux fois alors que tu sais pertinemment qu’après il y a encore le plat, le trou normand, le fromage, le dessert, le café et le digestif. Là, c’est exactement le même principe : je sais qu’il reste plus d’un marathon mais j’ai décidé de me faire plaisir. D’un côté ce n’est pas de ma faute s’il y quelqu’un pour nous encourager tous les 50 mètres : ça ne donne pas envie de montrer le moindre signe de faiblesse ! Je vais vite, je me sens plutôt bien malgré quelques appuis un peu foireux me font comprendre que je n’ai pas les jambes aussi légères que j’aurais pu l’espérer. Peu importe, je profite jusqu’au bout de ce petit moment de plaisir qui se termine sous un soleil radieux. Comme pour fêter l’arrivée du Mont Saint Michel à l’horizon, l’astre du jour lève le voile sur la suite des événements. Ça y est, il est arrivé plus tard que prévu, mais mon principal ennemi sera bien de la partie. No worries ! On a l’habitude du soleil en Normandie. Les fortes chaleurs, ça nous connait, donc pas de panique ! Je suis 14ème, j’ai du monde en point de mire, ce n’est pas le moment de gâcher ce bon départ.

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Bon d’accord, j’ai menti : j’ai paniqué. Par contre sur le climat normand tout est vrai. Dès que le mercure dépasse les 25°C je me sens pas au top. La veille, lorsque j’ai vu en prévision des nuages et de l’orage au lieu du plein soleil et des 28°C annoncés en début de semaine, j’ai fait la danse de la joie. Cependant, il faut croire que le micro-climat de la Baie du Mont Saint Michel a décidé de m’embêter. J’aurais mieux fait de chanter pour assurer la pluie… Allez, ça va bien se passer, je vais m’hydrater régulièrement, me rafraîchir aux ravitaillements et ça va aller. D’ailleurs le ravitaillement de Saint-Jean-Le-Thomas arrive à point nommé. Cool, des bénévoles ! On discute, on sourit, on raconte deux trois blague et hop, les batteries sont rechargées avant 4 kilomètres de plage. Mais uniquement de sable mou, sinon c’est pas drôle. De loin, on aurait pu se demander si je n’avais que de l’eau dans mon camelback tant j’ai zigzagué pour essayer de trouver une trace de sable dur ; rien n’y fait. Je m’enfonce partout où je mets les pieds. Le soleil tape de plus en plus.  Ces 4 kilomètres n’en finissent pas… Mais que diable suis-je donc allé faire dans cette galère ?! Je me tends, je perds toute légèreté et je commence à suffoquer sous la chaleur. L’acide lactique est entrain d’envahir mes cuisses à la même vitesse que le plan de course que j’avais en tête me file entre les doigts.

On ne va pas y aller par quatre chemins : je suis é-cla-té. L’effort dans le sable a totalement crispé mes jambes. Résultat, impossible de lever les genoux sans déclencher de crampes aux cuisses. Manque de chance, le sentier côtier qui a remplacé la plage est parsemé de cailloux cachés sous les hautes herbes sur lesquels je ne cesse de trébucher. Malheureusement les jambes ne sont pas les seules à ne plus suivre le tempo : c’est tout mon corps qui est à côté de la plaque. A chaque pas, j’ai l’impression que mon cerveau tape ma boite crânienne pour me donner des nausées vertigineuses et, par dessus le marché, mon ventre ne veut plus recevoir l’eau que je lui envoie. Plus concrètement, j’ai envie de vomir… Le contenu de mon estomac joue au yo-yo dans l’œsophage (oui, c’est glamour le trail). Bref, je me sens mal, j’ai la sensation que tout m’oppresse. Je n’ai envie de rien, même m’allonger ne me satisferait pas. De l’eau fraîche ? Je n’arriverais même pas à la boire. C’est une mutinerie dans mon corps. Si c’est à cause de la chaleur, le combat est loin d’être terminé car je ne suis qu’au 28ème kilomètre et je doute fortement que de l’ombre m’attende plus loin. Je déconnecte totalement jusqu’au ravitaillement de Genêts, au 31ème. Dans ma tête, c’est le singe qui joue des cymbales qui a pris le contrôle. Je me suis fait doubler pas mal de fois depuis la plage, mais le chrono est toujours bon : 2 heures 47 minutes. Je m’asperge avec de l’eau pour descendre ma température corporelle. Je prends quelques Tuc pour refaire le plein de sel. Mais chrrppppgh wwrrhk… Pouuuha ! Impossible de les avaler. Tant pis, ça nourrira les moutons de la Baie. Je repars en marchant du ravitaillement tout en frappant mes cuisses avec optimisme : sait-on jamais, ça va peut-être revenir. J’essaie de positiver, mais je sens bien que c’est une toute autre course qui commence maintenant. Le départ de la vraie course est donné.

DCIM100GOPROLe corps est hors service, c’est donc l’occasion de faire fonctionner la tête. Et je pars avec un sacré atout de mon côté. Tonton et Tata était là pour m’encourager à Genêts ! Je parlais des bienfaits du public au début de course, ce n’est à rien à côté de ces supporters de choix qui ont su me motiver et me rassurer au moment où j’en avais le plus besoin. Sans leur présence, je n’aurais sans doute pas encaissé les kilomètres restants. Le plus dur du parcours est désormais derrière moi. Sur cette seconde moitié de parcours très plate, j’avais prévu de relancer ma course à une allure d’au moins 11 à l’heure. Sauf que pour le moment, c’est une lutte acharnée pour parvenir à courir, ou plutôt à me traîner de façon rythmée et peu académique, sur plus de 300 m sans avoir de crampes. C’est rageant, frustrant voire même écœurant tant le terrain est facile. Et ça l’est encore plus lorsqu’on me double une fois, deux fois.. Puis trois, quatre… J’essaie de ne pas trop jeter de regards vers le Mont Saint Michel, il paraît aussi proche que lointain. Je ne suis même plus capable d’appliquer Thalès pour connaître sa distance à vol d’oiseau et encore moins de me faire le moindre avis. Et dire que je suis à peine à la moitié du parcours ! Je feigne l’indifférence face à mes jambes devenues dures comme de la roche. Mais il y a toujours ce soleil qui inonde la Baie de sa chaleur sans que la moindre brise ne vienne rafraîchir l’air ambiant. Les nausées me poussent à m’arrêter régulièrement, mais je lutte tant bien que mal pour rester « en vie » dans cette course, en m’accrochant à l’idée que le début de la matinée ne s’est pas si mal déroulé, et que la moindre des choses serait de limiter la casse.

La vue est splendide. J’ai beau avoir ce paysage sous les yeux tous les jours depuis un an, la carte postale m’impressionne toujours autant ! J’ai fini par accepter ma défaillance ; c’est comme ça, mes forces ne reviendront pas comme par magie sur le dos d’une licorne qui descend d’un arc-en-ciel. Je dois composer avec ! L’alternance de course et de marche, rythmée à grand coup de volonté pour ne pas m’arrêter net, me permet de moins me faire doubler. Et comme dirait notre cher José « c’est bon pour le moral, c’est bon bon ». Les traversées successives de la Sée et de la Sélune avec de l’eau jusqu’aux genoux puisqu’en haut de la taille me font fait du bien. Je prends volontiers les encouragements du public venu en nombre pour nous voir patauger dans la vase. Vous me direz que c’est excellent pour la peau, j’entends bien. Mais ce n’est rien comparé aux bienfaits de la fraîcheur de l’eau sur mes jambes. Pas besoin d’être philosophe pour comprendre que là, toute de suite, maintenant, c’est la matérialisation pure et simple du Bonheur ! Je profite de la cryothérapie pour relancer immédiatement à la sortie de l’eau. Miracle : 1 kilomètre sans marcher ! Youhou, champagne ! C’est peut-être le début de la fin de ce foutu passage à vide de 25 km. Allez, plus que 13 km avant l’abbaye du Mont, maintenant c’est toujours tout droit à travers les grèves, les moutons et les vaches en liberté.

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Il vaut mieux tard que jamais ; j’ai retrouvé une partie de mes jambes ! Je marche de moins en moins et désormais, c’est moi qui gagne des places au classement. Le Mont n’a jamais été aussi proche. Pour autant, la distance qui me sépare de lui ne semble pas diminuer. Je préfère regarder ma montre pour me rassurer : les kilomètres y défilent à la vitesse de la lumière comparés aux 25 précédents. La vue est imprenable sur la Baie ; cela me permet d’avoir des coureurs en point de mire. Rien de tel pour se motiver à tenir l’allure et même à accélérer. Il ne faut pas croire que tout est rose, il n’y a vraiment pas de quoi s’enflammer : je suis seulement à 10,6 km/h et à la moindre foulée trop ample ce sont les crampes qui reviennent au galop. Néanmoins l’arrivée est proche, et dans ces cas là, rien ne peut plus me freiner. Proche ? Oh que oui ! Ma montre indique 53 km de course ; ça sent bon ! Allez j’accélère encore un peu, je donne tout ce que j’ai pour finir en beauté et faire semblant d’être frais devant les touristes qui seront sans doute en nombre. Plus que 2 km ! « Mont Saint Michel, me voil…. Hein ?! Minute… 2 kilomètres ? La passerelle est encore super loin ! C’est quoi l’arnaque ?! » L’arnaque c’est qu’en fait, le trail de l’Archange ne fait pas 58 mais 60 km. Sans aucun doute une intervention de la Russie qui a piraté les données satellites afin de fausser le tracé GPS du parcours. Peu importe, si proche du but, on leur pardonne. Même si j’ai grillé mon dernier joker un peu trop tôt… Tant pis, ce n’est pas le moment de faiblir.

38697630Une dernière barrière à escalader, et cette fois-ci c’est bien sur la passerelle que je m’engage. Ça y est, c’est fait ! Après la galère du passage à vide et la lutte contre mon corps pour le résoudre à mettre un pied devant l’autre, place au bain de foule et à la saveur du travail accompli. Cette arrivée est tout simplement magique. Déjà parce que je suis vraiment content d’avoir fini ce trail dans la douleur. C’est presque un soulagement de me dire que j’ai pu tenir, d’autant plus que le chrono ne va pas être si moche que ça au vu des événements. Magique aussi parce qu’une arrivée dans l’abbaye du Mont Saint Michel c’est impensable tellement c’est fou, mais c’est pourtant bien vrai. Mais magique avant tout grâce à l’accueil imprévu des visiteurs du Mont. J’aurais vraiment pensé compter sur les doigts de la main les personnes qui porteraient de l’intérêt aux coureurs ; ce fut tout l’inverse. Une seule main m’aurait suffi pour compter les personnes qui ne m’ont ignoré. Pourtant, l’affluence de visiteur est très forte en ce weekend d’ascension. Un regard, un hochement de tête, un pouce en l’air, des applaudissements, des encouragements et des félicitations dans toutes les langues. C’est à peine croyable ! Tout le monde a un geste ou un mot gentil, même les touristes qui sont dans les navettes tapent contre les vitres pour se faire entendre. Et c’est comme ça pendant 2 km ; le partage à l’état pur ! A chaque marque de reconnaissance c’est un peu plus d’énergie qui se réveille en moi.  C’est dingue de ressentir aussi intensément le bénéfice des encouragements sur le ressenti de l’effort, aussi bien sur le plan physique que mental. C’est la première fois que je vis quelque chose comme ça sur un trail. Et ce n’est pas fini. En arrivant au bout de la passerelle, c’est une place noire de monde qui m’attend. Pourtant, c’est le même accueil que je reçois avec des tapes d’encouragement dans le dos en prime lorsque je me faufile entre les gens. Autant dire que dans des moments comme ça, les crampes n’existent plus, au même titre que toutes les autres douleurs d’ailleurs. L’adrénaline prend le dessus sur tout, on se sent pris d’une énergie débordante et incontrôlable qui semble pouvoir nous permettre de courir pendant encore des heures durant. L’entrée principale est impraticable avec la foule, c’est vers la porte de Echaugette que je suis dirigé pour rentrer dans l’enceinte du Mont. A son approche je marque un temps d’arrêt : wah, elle est bondée de monde. Impossible de se frayer un chemin à travers les touristes et les marcheurs. J’approche timidement… Soudain, quelques personnes s’écartent, applaudissent et demandent aux gens qui les entourent de reculer. Puis c’est toute la foule qui, comme un seul Homme, se sépare en deux pour laisser un passage de quelques centimètres. Lorsque je m’engouffre dans cette marrée humaine, je suis poussé par les cris et les applaudissements. Je ne sais pas comment ni pourquoi, toute la foule s’est mise d’accord pour faire un boucan du tonnerre. Je peux sentir son souffle sur mes épaules, tous ses bras qui me poussent… La proximité avec les gens rend la chose encore plus intense. C’est digne d’un col de Tour de France ; une centaine de personnes qui s’époumonent avec engouement pour m’encourager dans les derniers mètres de cet effort de 6h30. Entendre mon prénom résonner puissamment sur les murs de la cour extérieure me transporte. P*tain, j’en ai des frissons !

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Cette arrivée, je m’en souviendrai longtemps. Je risque même de la regretter sur les prochains trails, au même titre que la présence de public sur l’ensemble du parcours. Ce finish en fanfare parachève une course assez roulante, bien qu’exigeante, dans un décors magnifique. Le privilège de pouvoir franchir la ligne dans l’enceinte même du Mont en fait toute l’originalité. Encore une fois, j’ai pu constater que j’avais du travail à faire dans la résistance à la chaleur. Je suis capable de faire bien mieux sur cette distance au vue du profil de la course. Pourtant si on oublie l’essentiel, en l’occurrence, la connaissance de ses faiblesses, ça ne pardonne pas. J’ai encore appris aujourd’hui ! Et de l’expérience il m’en faudra pour affronter la prochaine aventure le mieux armé possible… Rendez-vous en octobre !

 

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